Les centenaires d’Okinawa : solidarité, prévention, riz vapeur


PARIS – Des repas légers de riz vapeur et de soja, mais aussi une société égalitaire, beaucoup de solidarité, le recours massif à la médecine de prévention : les recettes des centenaires d’Okinawa vont au-delà du régime crétois tant vanté en Occident.



Les Japonaises sont championnes de la longévité féminine, avec plus de 85 ans d’espérance de vie, contre 79 ans pour les hommes. Les chiffres sont encore meilleurs à Okinawa, 44 îles à l’extrême sud du Japon, où les femmes ont une espérance de vie de près de 87 ans. Le taux de centenaires y est de 61 pour 100.000 habitants, soit deux fois plus que dans le reste du Japon.



Par comparaison, la longévité est en France de 84,3 ans pour les femmes et de 77,5 pour les hommes. Les centenaires y sont plus de 20.000, un taux au-dessus de celui du Japon mais à peine la moitié de celui d’Okinawa.



Les habitants de l’archipel ne souffrent pas de surpoids ni de diabète. Selon plusieurs études scientifiques, ils ont un taux de maladies cardiovasculaires et de mortalité par cancer de 35% inférieur aux autres Japonais, et 50% inférieur aux Américains.



Le régime d’Okinawa a été popularisé dans le monde par les travaux du Dr Makoto Suzuki, qui étudie depuis plusieurs dizaines d’années la vie des centenaires de l’archipel.



Il a livré à Paris leur secret lors d’une conférence de presse.



Leur régime alimentaire d’abord. Selon plusieurs études scientifiques, les habitants d’Okinawa absorbent en moyenne 30% de moins de calories qu’un Japonais moyen. Leur régime est moins protéiné que celui des autres Japonais, et très fourni en légumes ou fruits (78%). Selon le Dr Jean-Paul Curtay, ils multiplient les petits repas complets, ce qui aide à l’oxygénation cellulaire.



L’archipel a des spécialités bien à lui : côtes de porc bouillies pendant huit heures accompagnées d’algues et de koniak (un légume) – toutes les heures il faut écrémer la graisse -, courgettes à la pâte de soja, riz cuit aux vapeurs de moxa (une herbe du type armoise séchée)… Ils consomment deux fois plus de soja que le reste du Japon, et beaucoup de thé vert matcha.



Le Dr Jean-Marie Robine, démographe à l’Inserm et spécialiste des personnes très âgées, minimise cependant le rôle de l’alimentation. « C’est une curiosité historique, un petit plus », dit-il, sans avantage déterminant par rapport au régime méditerranéen.



Plus globalement, le Dr Robine voit dans la longévité japonaise la conséquence d’une situation économique et sociale. « C’est le pays le plus égalitaire », et l’espérance de vie va de pair avec « la façon dont est distribuée la richesse », dit-il.



En outre le Japon connaît une forte « cohésion nationale », et la médecine de prévention y est « extrêmement avancée », avec le recours aux technologies les plus pointues.



Le Dr Suzuki évoque l’autonomie mentale et spirituelle des anciens dans l’archipel, qui jouent un rôle particulier dans la famille. Ce sont eux par exemple qui s’adressent aux ancêtres défunts.



Les gens d’Okinawa font preuve aussi d’une grande solidarité, avec des tontines pour les gens dans le besoin, des fêtes communautaires pour les anniversaires des plus âgés. Sans compter un rythme de vie tranquille.



Un gros bémol : les centenaires d’Okinawa d’il y a 30 ans étaient à 85% des gens autonomes et robustes. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine, davantage parviennent à un âge très avancé, mais en moins bonne santé: 85% sont dépendants ou victimes de démences, selon le Dr Suzuki. En revanche à 80 ans la majorité des habitants d’Okinawa ont toute leur tête et sont en pleine forme.



(©AFP / 27 mars 2009 11h50)